De très jolies baies de Sumac dans Saint-Henri

Sumac, c’est une sorte de halte de cuisine divertissante, une invitation au voyage dans un confort relatif. Le resto ne désemplit pas depuis son ouverture à l’automne. Il n’y a aucune raison que ça se calme cet été et que les flots de clients tarissent.

Saint-Henri, nouvelle zone de chalandise, voit éclore toutes sortes de petites adresses sautillantes. Dans le quartier, on fait dans le local, le voisinage, le « on va y aller à pied, c’est plus facile ». Petits cafés, petits restos, gros capital de sympathie. Dans cet espace de proximité, la présence d’un « truc » comme Sumac peut étonner.

Enfin, quand je dis un « truc », ce n’est pas vraiment gentil et ça ne reflète pas le bien que je pense de l’endroit. Quoique j’aime plein de « trucs » dans la vie… Donc, ce Sumac, c’est quoi, exactement ? Un restaurant ? Presque. Une jolie cafétéria ? Mieux. Sumac est une sorte de halte de cuisine divertissante, une invitation au voyage dans un confort relatif.

Toujours impeccable, crâne ciré et chemisette repassée, David Bloom, copropriétaire avec la chef, fait la circulation dans la cohue des arrivées avec la vaine maestria du gendarme romain. En cuisines, Raquel Zagury assure avec efficacité et délicatesse.

Précisons quelques mots : 1. halte et confort relatif ; 2. cuisine divertissante et voyage.

1. Halte à moins que vous soyez en groupe, très chanceux ou dans la vingtaine, ce qui en soi est une chance extraordinaire, vous risquez de ne faire qu’une halte chez Sumac. Si vous arrivez en groupe, vous pourrez profiter de cette longue table surélevée qui se prête bien aux repas entre amis et prolongerez votre séjour, la cacophonie de votre groupe étant plus percutante que celle du couple à droite et des trois gars au bout de la table.

Si vous êtes chanceux, vous arriverez tôt, c’est-à-dire avant la cohue, et vous repartirez juste avant que le brouhaha s’installe. Si vous êtes dans la vingtaine, vous devez vous demander de quoi je parle. C’est générationnel.

Au restaurant, je déteste devoir crier ou faire répéter, et autant j’adore la voix rocailleuse d’Amy Winehouse à tue-tête dans mes écouteurs, autant je ne supporte pas que quiconque me hurle dans les oreilles pendant que je mange.

2. Cuisine divertissante : on est à Saint-Henri, haut lieu des cultures culinaires canadiennes, française et anglaise, et l’on s’attend à des parfums connus. Or, en entrant ici, ça sent les cuisines de Damas (avant l’horreur), Jérusalem ou Beyrouth. Dès l’arrivée, on est sous le charme de senteurs d’épices qui n’entrent pas dans la composition du pâté chinois ou de la tourtière.

Les plats affichés au mur sur des feuilles de papier pourraient laisser croire qu’on est à Tel-Aviv ou à Amman, et l’arc-en-ciel des assiettes qui passent pendant que vous attendez votre commande a quelque chose de très moyen-oriental. En se mettant en ligne pour commander, on a le temps de se faire une idée de notre repas à venir. Vous commandez et on vous apporte votre repas à table.

Le menu de Sumac affiche toutes sortes de propositions distrayantes et la chef met beaucoup de coeur dans ses assiettes. La panoplie complète des classiques populaires de la cuisine du Moyen-Orient est là : falafels (sur le podium des meilleurs à Montréal), houmous, marinades, pains pitas garnis et salades.

Faire fi des différences

La cuisine faisant fi des différences, y compris culturelles et religieuses, à côté de classiques de la cuisine arabe on trouve ici beaucoup de plats très juifs séfarades, à commencer par la « Salade cuite » ou le « Sabich », plat chouchou des Juifs irakiens composé d’aubergine frite, d’oeuf dur, de concombres marinés, le tout relevé d’amba, cette sauce à base de mangues vertes que l’on retrouve en condiment un peu partout au Moyen-Orient, les Israéliens prétendant que la leur est la meilleure au monde et chaque pays arabe voisin prêchant pour sa propre version.

Assiettes de shawarma ou kefteh de boeuf, baba ganousch ou mouhammara, aubergines frites ou sauce tahini, tout est préparé avec soin et, une fois le contenu de votre propre assiette dévoré, donne envie de revenir essayer ce que les voisins de gauche ou de droite ont devant eux. Ces frites au houmous, par exemple, avec leur accompagnement de tahini et de s’rug, une sauce relevée aux accents de coriandre, de piments et d’ail et tempérée par de l’huile d’olive, vous serez obligé d’y goûter.

Dans un moment de sagesse, j’avais initialement choisi de les ignorer, mais j’ai craqué après avoir surpris la très élégante dame assise juste à côté de moi en train de suçoter ses doigts, les yeux mi-clos.

Un seul dessert, mais assez inoubliable : un brownie au Nutella relevé de crème fouettée à la cannelle et de halva. Je ne sais si vous vous rendrez jusque-là, les portions ici allant bien au-delà de la générosité.

Ceci expliquant cela, Sumac ne désemplit pas depuis son ouverture à l’automne. Il n’y a aucune raison que ça se calme cet été et que les flots de clients se tarissent. Yallah !